Un peu de lecture…

Dernièrement je me suis mise à lire beaucoup. Pour penser à autre chose. Pour ressentir autre chose. Pour vivre autre chose… par procuration.

J’ai écouté les conseils de Mamie Odette et de ma prof de français (même ceux de Faustine, si si!) pour me constituer une liste de romans et BD/romans graphiques.

J’y ai aussi ajouté certains titres que j’ai eu envie de parcourir en voyant les retours de blogueuses que j’aime beaucoup.

Je vous fais un petit récap’ de mes préférés, ceux qui m’ont le plus marquée. Touchée.

J’espère que vous pourrez y piocher vos futures pépites.

Bonne lecture!

Mélodie.

UNE CHAMBRE À SOI, VIRGINIA WOOLF (1929)

Recommandé par mamie Odette. J’avoue y être allée à reculons au début. Je ne voyais pas comment ce texte publié il y a près d’un siècle pouvait me parler ou résonner avec aujourd’hui. Je me trompais lourdement! Virginia Woolf y parle de la relation des femmes à l’écriture. Et ce qui était pertinent à son époque l’est encore d’une certaine manière aujourd’hui. Allez-y donc en toute confiance si les thèmes vous parlent.

“Écrivez ce que vous désirez écrire, c’est tout ce qui importe, et nul ne peut prévoir si cela importera pendant des siècles ou pendant des jours. Mais sacrifier un cheveu de la tête de votre vision, une nuance de sa couleur, par déférence envers quelque maître d’école tenant une coupe d’argent à la main ou envers quelque professeur armé d’un mètre, c’est commettre la plus abjecte des trahisons.”

JE SAIS POURQUOI CHANTE L’OISEAU EN CAGE, MAYA ANGELOU (1969)

Un roman témoignage d’une grande autrice et militante afro-américaine. Maya Angelou y raconte son histoire – de sa naissance à ses 17 ans – dans les années 30′-40′ et traite de la difficulté d’être une femme noire aux États-Unis. C’est la première partie de son autobiographie, écrite sans complaisance. Il paraît que c’est un classique aux États-Unis, qu’il est même étudié à l’école. Et je comprends vraiment pourquoi. C’est une histoire très inspirante.

“Mme Flowers ne me manquerait pas, car elle m’avait donné son sésame pour conjurer la magicienne qui serait à mon service toute ma vie : la lecture.”

LA SERVANTE ÉCARLATE, MARGARET ATWOOD (1985)

Ce roman m’a été suggéré par Faustine. Elle est “fan” de la série depuis le début. Je mets des guillemets autour de fan, parce que c’est difficile de dire qu’on aime ce genre de série/roman. Le propos est tellement révoltant. La place des servantes – d’Offred – m’a mise réellement en colère. Gilead, ce pays imaginaire, situé en lieu et place d’une partie des États-Unis actuels, est une abomination. Le plus dingue, c’est que le roman a été publié en 1985 et résonne terriblement avec ce qui pourrait arriver aujourd’hui. En résumé : un roman glaçant mais nécessaire. Je recommande même si j’ai souffert à la lecture en même temps que l’héroïne.

Notre fonction est la reproduction ; nous ne sommes pas des concubines, des geishas ni des courtisanes. Au contraire : tout a été fait pour nous éliminer de ces catégories. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n’est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets, nulle faveur particulière ne doit être extorquée par des cajoleries, ni de part ni d’autre ; l’amour ne doit trouver aucune prise. Nous sommes des utérus à deux pattes, un point c’est tout : vases sacrés, calices ambulants.

KING KONG THEORIE, VIRGINIE DESPENTES (2006)

Cru, violent mais juste. Je n’aurais pas imaginé entreprendre ce genre de lecture il y a encore quelques semaines. Je l’ai senti nécessaire un jour. Il était urgent que je le parcours, que je le termine. C’était le moment. Il m’a pris aux tripes, a ravivé aussi ma colère contre la société dans laquelle nous vivons. Contre le traitement des femmes. Mais je ne regrette pas. À mesure que j’avançais dans ce livre, je me suis libérée d’un certain poids. De ma culpabilité face à ce que j’ai subi.

Post-viol, la seule attitude tolérée consiste à retourner la violence contre soi. Prendre vingt kilos, par exemple. Sortir du marché sexuel puisqu’on a été abîmée, se soustraire de soi-même au désir. En France, on ne tue pas les femmes à qui c’est arrivé, mais on attend d’elles qu’elles aient la décence de se signaler en tant que marchandise endommagée, polluée.

LES CROCODILES, THOMAS MATHIEU (2014)

Écrit par un homme (ça mérite d’être souligné je pense, vu le thème), d’après des témoignages vrais de femmes. Les femmes sont dessinées de manière réaliste alors que tous les hommes ont des faces de crocodile : comme des prédateurs. Une approche des relations homme/femme focalisée sur le harcèlement et le sexisme ordinaire : tellement juste! Criant de vérité et assez effrayant par moment. Heureusement quelques situations sont “plus légères”, pour permettre de sortir de la sensation d’étouffement. À lire!

Un simple refus ne suffit souvent pas.

– Non.
Tout le monde dit qu’en amour/ sexe, il faut s’accrocher et persister.

– Mais tu ne me laisses pas te convaincre ! Donne-moi encore une chance.
Du coup, pour refuser, il faut s’accrocher aussi.

– Je t’ai dit NON, si tu continues, c’est du harcèlement.

Quand un homme dit des obscénités à une femme, c’est du harcèlement sexuel. Quand c’est une femme qui dit des obscénités à un homme, c’est 3,95 euros la minute.

NOT THAT KING OF GIRL: ANTI-GUIDE À L’USAGE DES FILLES D’AUJOURD’HUI, LENA DUNHAM (2015)

Lecture influencée une fois de plus par Faustine. Nous avons regardé ensemble la saison 1 de Girls. On trouvait que le ton était juste. Des filles d’aujourd’hui, pas des héroïnes croquées comme des gravures de mode. Juste des filles ordinaires. Un peu dingues, chacune à sa façon. Alors j’ai eu envie de lire cette biographie, d’une même pas trentenaire à l’époque. Je n’en attendais pas grand-chose. J’y ai retrouvé le même ton, la même franchise et sincérité que dans la série. Le portrait d’une super nana qui a réussi à Hollywood et qui ne cache rien de ses tocs et autres manies un peu folles. Une fille ordinaire qui réussit. Une meuf nature-peinture comme les appelle Mamie Odette^^. Rien que pour ça, ça vaut le coup d’y jeter un œil 😉

« Nous, filles de militantes des quartiers branchés, colorions des portraits de Susan B. Anthony tandis que nos mères préparaient leur prochaine manifestation. J’ai compris que le féminisme était une idée noble bien avant d’avoir conscience d’être fille en écoutant ma mère et ses amies parler des difficultés de se faire une place dans un monde de l’art dominé par les hommes. »

BITCH PLANET, KELLY SUE DECONNICK (2016)

Bitch Planet: dans un futur indéterminé, une prison en orbite au dessus de la terre, pour rééduquer les femmes qui ne se plient pas au diktat masculin? J’ai immédiatement sauté sur ce roman graphique coup de poing que j’ai trouvé à la bibliothèque. Je me suis ensuite empressée de le prêter à Faustine! Des nanas badass qui se battent pour être elles-mêmes: non conformes! Ça lui parle aussi forcément. On va rapidement lire le tome 2 je pense. À noter : à la fin un dossier très intéressant expliquant pourquoi l’autrice a écrit cette histoire. Un bonus bienvenu et appréciable.

Tu es non-conforme ?
Tu ne rentres dans aucune case ?
Tu es trop grosse,
Trop maigre,
Trop effrontée,
Trop timide,
Trop croyante,
ou pas assez,
Trop prude,
Trop sexy,
Trop noire,
Pas assez blonde,
ou trop ce-qu’ils-ont-décidé-de-te-reprocher-aujourd’hui ?
Tu pourrais bien finir sur… Bitch Planet.

CULOTTÉES : DES FEMMES QUI NE FONT QUE CE QU’ELLES VEULENT, PÉNÉLOPE BAGIEU (2016)

Deux BD, 30 portraits de femmes. À travers leurs minis biographies percutantes, pleines d’humour mais très sérieuses, l’autrice dessine des femmes (qui ont toutes existé!) de tous les horizons, toutes les époques, issues du monde entier. Des femmes courageuses qui n’ont jamais cédé, quels que soient les obstacles sur leurs routes. Très inspirant!

Il est systématiquement précisé (et souligné comme un fait inouï) que Wu Zetian était « redoutable », « ambitieuse » et « intransigeante ». Des traits de caractère communs (et valorisés) chez à peu près tous les empereurs de l’histoire… mais visiblement moins faciles à digérer chez une impératrice.

M’EXPLIQUE PAS LA VIE MEC!, ROKHAYA DIALLO (2020)

Dans cette BD humoristique, il est question de mansplaining : un mot qui vient de l’anglais “man” l’homme et d'”explaining” qui explique. Autrement dit de la façon dont, d’un ton paternaliste, les hommes expliquent dans certains cas aux femmes des choses dont elles sont potentiellement expertes. Mais aussi le manterrupting ou encore de manspreading... Tout un programme! La BD nous présente des illustrations de toutes ces situations, nous les explique, tout en précisant ce qui ne va pas dans le comportement de “JP” sexiste (il y en a beaucoup). Très éclairant!

Il faut marteler chaque jour ce slogan féministe :
“mon corps m’appartient”
Et rappeler qu’on est libre de le présenter comme bon nous semble. Ce qui ne varie pas c’est ce principe : nos corps, quelles que soient leurs apparences et leurs présentations, méritent le respect.

LES IMPATIENTES, DJAÏLI AMADOU AMAL (2020)

L’histoire déchirante de trois femmes peules, condamnées à des mariages sans amour, avec des hommes tout puissants, polygames et violents. Le seul conseil que tout le monde leur rabâche est d’être patientes. Mais comment faire preuve de patience lorsqu’on est bafouée, battue ou encore contrainte d’abandonner l’homme qu’on aime pour épouser un homme plus vieux que l’on ne connaît pas? Les impatientes est un roman sur le mariage forcé, les violences faites aux femmes et le viol conjugal. C’est une histoire douloureuse et nécessaire. À lire de toute urgence !

Mon dos et mon cou, endoloris par les coups, sont de plus en plus douloureux. Cette nuit, je prends conscience du danger que je cours. Si je reste à le regarder, à le subir sans rien faire, Moubarak va finir par me tuer. Sa tendresse après un déchainement de violence s’apparente à un scénario que je connais bien et qui ne me trompe plus.